Pixels de suivi dans les newsletters : ce que change la recommandation CNIL et comment se mettre en conformité
jeudi 30 juillet
Juridique, Webmarketing
6 min de lecture
La recommandation CNIL n’interdit pas l’emailing. Elle encadre une pratique de tracking invisible que la plupart des expéditeurs utilisaient sans que les destinataires en aient conscience. Pour la majorité des organisations, la solution la plus pragmatique est de couper le pixel d’ouverture et de piloter ses campagnes sur le taux de clic. C’est une ligne de configuration, zéro complexité, et une conformité immédiate.
La CNIL a publié le 14 avril 2026 sa recommandation finale sur les pixels de suivi dans les courriers électroniques (délibération n° 2026-042 du 12 mars 2026). Ce texte redéfinit les règles du jeu pour toute organisation qui envoie des newsletters, des campagnes de prospection ou des emails automatisés. Voici ce qu’il faut retenir et les actions concrètes à mener avant le 14 juillet 2026.
Qu’est-ce qu’un pixel de suivi ?
Un pixel de suivi est une image invisible, d’un pixel sur un pixel, insérée dans le corps d’un email. Contrairement aux visuels classiques d’une newsletter, cette image n’est pas embarquée dans le message : elle est hébergée sur un serveur distant, avec une URL individualisée par destinataire. Quand le destinataire ouvre l’email, son client de messagerie télécharge l’image. Cette requête informe le serveur que l’email a été ouvert, à quel moment, depuis quelle adresse IP et sur quel type de terminal. Le tout sans que le destinataire ne voie quoi que ce soit. C’est ce mécanisme qui permet aux outils d’emailing comme Brevo, Mailjet ou Mailchimp de mesurer le fameux « taux d’ouverture ».

Ce que dit la recommandation CNIL
Le raisonnement de la CNIL est le suivant : la boite mail est un espace privé, accessible après authentification. Y insérer un traceur invisible relève de l’article 82 de la loi Informatique et Libertés, exactement comme les cookies sur un site web. Par conséquent, tout pixel de suivi utilisé à des fins marketing nécessite un consentement préalable du destinataire, distinct du consentement à recevoir la newsletter.
Deux consentements distincts
C’est le point fondamental : accepter de recevoir une newsletter et accepter d’être tracé à l’ouverture sont deux choses différentes. Un abonné peut vouloir recevoir vos emails sans pour autant accepter que vous sachiez quand et comment il les ouvre. Le consentement au tracking doit donc faire l’objet d’une case à cocher séparée dans les formulaires d’inscription.
Le B2B est concerné
Le régime de prospection B2B, qui permet d’envoyer des emails sans consentement préalable lorsque le message est en rapport avec la profession du destinataire, ne dispense pas du consentement au pixel de suivi. Les deux régimes sont indépendants.
Les associations aussi
La recommandation s’adresse à tous les organismes du secteur privé ou public qui utilisent des pixels de suivi dans leurs courriels : entreprises, administrations et associations. Le caractère informatif ou non commercial d’une newsletter ne change rien : c’est le pixel lui-même qui est qualifié de traceur, pas le contenu de l’email.
Le silence vaut refus
La CNIL est explicite sur ce point dans la section 4.2 de la recommandation :
« Le consentement devant procéder d’un acte positif, l’inactivité du destinataire doit être analysée comme l’expression d’un refus de consentir à l’utilisation de pixels de suivi. »
Si vous sollicitez le consentement de vos contacts et qu’ils ne répondent pas, vous devez considérer qu’ils refusent le tracking. Vous ne pouvez pas les solliciter de nouveau avant six mois.
Les exemptions
Certains usages du pixel restent autorisés sans consentement, mais dans des cas limités :
La mesure de délivrabilité est exemptée, à condition qu’elle serve exclusivement à identifier les destinataires inactifs pour nettoyer la base. Il ne s’agit pas de mesurer les performances d’une campagne, mais simplement de vérifier que les emails arrivent.
Les emails transactionnels (confirmation de commande, notification d’expédition, réinitialisation de mot de passe, réponse du service client) peuvent contenir un pixel de délivrabilité. Les newsletters, même informatives, n’entrent pas dans cette catégorie.
Le calendrier
La période de transition accordée par la CNIL était de trois mois après la publication, soit jusqu’au 14 juillet 2026. Des contrôles sont annoncés à partir de cette date. Pour les adresses collectées avant le 14 avril 2026, la CNIL n’exige pas un re-consentement rétroactif. Elle demande en revanche d’informer clairement les destinataires de l’utilisation de pixels et de leur permettre de s’y opposer facilement.
Pour toute nouvelle adresse collectée depuis le 14 avril 2026, le consentement au pixel doit être recueilli au moment de l’inscription, par un acte positif clair. Pas de case pré-cochée.
Que faire concrètement ?
Option 1 : couper le pixel globalement (recommandé pour la plupart des structures)
C’est la solution la plus simple et la plus sure. Vous désactivez le tracking d’ouverture dans les paramètres de votre outil d’emailing (Mailjet, Brevo, etc.) ou via les paramètres de votre script d’envoi. Plus aucun pixel n’est injecté, donc aucun consentement n’est nécessaire.
Ce que vous perdez : le taux d’ouverture. Mais cette métrique était déjà fortement faussée depuis 2021 par Apple Mail Privacy Protection, qui pré-charge les images (et donc les pixels) de manière automatique, gonflant artificiellement les taux d’ouverture.
Ce que vous gardez : le taux de clic. Contrairement à l’ouverture, un clic est une action volontaire du destinataire. Il n’est pas soumis à la recommandation CNIL et constitue un indicateur d’engagement bien plus fiable.
Option 2 : mettre en place le recueil de consentement
Si le taux d’ouverture est indispensable à votre stratégie, vous pouvez maintenir le pixel pour les contacts qui y consentent. Cela implique de :
- Ajouter une case de consentement spécifique au tracking dans tous vos formulaires d’inscription, distincte de la case d’acceptation de la newsletter.
- Envoyer un email d’information à votre base existante, sans pixel de suivi, avec un lien permettant d’accepter ou de refuser le tracking.
- Segmenter votre base en trois catégories : contacts ayant consenti (pixel activé), contacts ayant refusé (pixel désactivé), contacts n’ayant pas répondu (pixel désactivé, car le silence vaut refus).
- Conditionner l’injection du pixel au statut de consentement de chaque contact dans votre script d’envoi.
- Conserver les preuves de consentement : en cas de contrôle, c’est l’expéditeur qui doit démontrer que le consentement a été obtenu.
Dans les deux cas
Quelle que soit l’option choisie, envoyez un email d’information à votre base. La CNIL l’exige. Ce message doit rappeler l’usage de pixels de suivi, préciser les finalités, et proposer un moyen simple de s’y opposer. Conservez la preuve de cet envoi (date, contenu, liste des destinataires).
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